La Vache folle et ... l'homme !?   


En évoquant publiquement le 20 Mars dernier, l'hypothèse d'un lien possible entre la maladie de la vache folle et celle de Creutzfeld-Jakob, le Ministre britannique de la Santé, Stephen Dorrell, a provoqué dans l'Europe entière une vague de panique sans précédent. Au début des années 80, Stanley Prusiner, étudie un groupe de maladies qui frappent l'homme et certaines espèces animales :les encéphalopathies " spongiformes " ( lésions dans le cerveau ). En 1982, parmi les deux ou trois maladies de ce type, la plus répandue frappe les moutons:C'est la tremblante ( tremblements nerveux ); elle ne peut contaminer que le mouton. Chez l'homme, on connaît deux maladies dont les symptômes sont assez voisins:
- la maladie de Creutzfeld-Jacob( très rare, puisqu'elle atteint moins d'une personne sur un million ) ( troubles neurologiques, assez proches de ceux de la maladie d'Alzheimer)
- le Kuru chez une tribu cannibale de Papouasie Nouvelle-Guinée ( Ses symptômes sont assez semblables à ceux de Creutzfeld-Jacob ). Des questions inquiètent tout le monde ; nous allons essayer d’y répondre.
Quels sont les modes de transmission de ces maladies? Les mesures de protection prises au niveau des États et de l'Europe sont-elles suffisantes? Que faut-il raisonnablement s'abstenir de manger? Pour ce faire, nous évoquerons d’abord la genèse de la maladie de la vache folle, la levée de son embargo, et sa “troublante” persistance.

A / GENÈSE de la "maladie de la vache folle"
L'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), dite "maladie de la vache folle" est apparue au début des années 80 en Grande-Bretagne. On sait aujourd'hui que son essor est dû à l'alimentation des bovins avec farines fabriquées à partir de cadavres d'animaux, en particulier des moutons. Il n’y a pas eu élimination complète de certains micro-organismes tels les “prions” sources premières de tous les “maux”. A partir de 1988, ces farines sont progressivement retirées du marché ; malheureusement, l'écoulement illégal des stocks et le retard pris par certains états (dont la France) pour les interdire expliquent la propagation de la maladie.
1 / Recherche sur la “ Vache Folle “ et sa transmission à l’homme
Depuis 1986, les troupeaux de bovins britanniques sont décimés par une nouvelle maladie "spongiforme":l'ESB, bientôt baptisée par les médias "maladie de la vache folle". Le lien est démontré avec la tremblante du mouton:les bovins malades ont absorbé des farines contenant des abats de moutons contaminés. L'hypothèse d'une transmission à l'homme est scientifiquement posée. Certains cas de Creutzfeld-Jacob semblent suspects. Le 20 Mars 96, le Secrétaire d'état britannique à la Santé évoque publiquement cette hypothèse, ce qui engendre un commencement de cataclysme “ économico-politique “. La recherche sur les prions est devenue une priorité! Selon les morceaux consommés, le risque est :
- soit pratiquement nul (la viande, quand elle ne contient pas de nerfs)
- soit potentiellement important (la cervelle).
Les pouvoirs publics ont mis en place une réglementation très protectrice. Depuis 1997, l’étiquetage obligatoire permet de savoir si la viande de boeuf est ou non originaire de France.
2 / LE NÉCESSAIRE ÉTIQUETAGE
La vigilance doit demeurer pour éviter que de la viande bovine britannique ne soit réintroduite frauduleusement en France, après un transit par un autre pays européen. Les douaniers, les services vétérinaires et la répression des fraudes ont du travail d’autant que la réglementation européenne sur l’étiquetage obligatoire de la viande bovine, avec indication précise de la provenance, a été reportée au mieux à septembre 2000 ! ? Si on ne peut identifier l’origine des bovins, comment peut on alors nous assurer que la viande britannique ne présente aucun risque ? !
Dès 1978, en France, un système de traçabilité des bovins, permet de les suivre “ à la trace “ de leur lieu de naissance à leur lieu d’élevage, puis, d’abattage. Les numéros mentionnés sur le passeport bovin doivent alors être identiques à ceux indiqués sur les boucles qu’il porte aux oreilles. Fin mars 1996, dès le début de la crise, la filière bovine créait un sigle d’identification VBF ( Viandes bovines françaises ).
3 / L’étrange “ Prion “
Comment une protéine tel le “prion” sans code génétique peut elle se multiplier, et transmettre une maladie? c’est tout le problème pratiquement sans solution ! ? Ce n'est pas un virus, mais comme lui il provoque des maladies redoutables et mortelles, pour lesquelles on ne connaît pas encore de traitement: Creutzfeld-Jacob chez l'homme, "tremblante" du mouton, et ESB (encéphalite spongiforme bovine) chez la vache. Le prion “ mystérieuse “ molécule inerte, capable de se reproduire quand elle pénètre dans un organisme vivant, provoque de terribles maladies sources d’angoisse permanente pour nos chercheurs notamment biologistes.
B / Levée de l’ Embargo sur le boeuf britannique et ses conséquences. Après 3 ans d’ un embargo imposé à la Grande-Bretagne par l’Union Européenne pour cause de “ vache folle ( depuis le 27/03/1996 ), la commission européenne a décidé le mercredi 15/7/1999 de mettre fin à dater du 1er août à cette mesure. L’Allemagne et la France se sont opposées à la levée de l’embargo, sous certaines conditions, ce qui parait tout à fait normal dans la mesure ou l’épidémie de la vache folle n’est pas du tout terminée en Grande-Bretagne
1 / CRITIQUE SUR LA LEVÉE DE L’EMBARGO ET LE REFUS FRANÇAIS
Les autorités ont rappelé la priorité absolue du “principe de précaution “ ; selon le Professeur Jean-François MATTEI rapporteur de la mission sur la “VACHE FOLLE “, la levée de l’embargo était “INCOHÉRENTE, PRÉMATURÉE ET INQUIÉTANTE “. Au dernier trimestre 1999, la France s’est montrée réticente comme d’ailleurs les 16 Länder d’Allemagne, à l’importation des viandes britanniques. Selon le groupe d’experts français, présidé par le Professeur Dominique Dormont, dans leur rapport du 30/09/1999, les risques de contamination, sont de l’ordre de 650 cas, par millions de bovins âgés de plus de 2 ans en Grande Bretagne, de 1,5 à 2 cas par millions de bovins en France. LES RISQUES SANITAIRES à mettre du steak britannique au menu des français sont “plausibles mais non
qualifiables” selon l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments Après la crise en 1999, les pays de l’Union Européenne importent de la viande britannique, sauf l’Allemagne et la France. Même les membres du Commonwealth refusent la viande britannique avec l’Australie, la Nouvelle Zélande et l’Afrique du Sud qui maintiennent leur embargo. S’opposant à la levée de l’embargo, la France a surtout montré les incohérences européennes qui prévalent malgré les risques sanitaires découlant de la nouvelle maladie animale transmissible à l’espèce humaine face à sa décision qui résultait d’une disposition de la sécurité sanitaire créée par la loi du 1er juillet 1998.

2 / Saisine de la Cour Européenne de Justice :
Cette décision a été prise le 30/12/1999 par le gouvernement et les autorités communautaires. Selon la France, la Commission “ méconnaît :
- le principe de précaution “, reconnue par le droit communautaire en maintenant sa décision de lever l’embargo décrété sur la viande bovine britannique, malgré l’avis de l’Agence française pour la sécurité sanitaire des aliments qui accrédite la thèse d’une transmission à l’homme du prion responsable de l’encéphalite spongiforme bovine, dite maladie de la vache folle, et, au surplus,
- et celui qui, depuis le 27 mars 1996, a prévalu, en vertu duquel, en cas de doute sur l’innocuité d’un produit, ce doute devait profiter au consommateur. Même si l’embargo était une mesure temporaire et si lors du sommet de Florence ( 21 / 22 juin 1996 ), le conseil européen avait prévu un assouplissement par étape des restrictions sur la base de 5 conditions,
la levée de l’embargo est très imprudente quand on sait que la presse britannique, elle même, dénonce la présence de viande de bœuf tuberculeuse.
C / POURSUITE TROUBLANTE DE LA MALADIE DE LA “ VACHE FOLLE“
Les experts français estiment que la consommation en France de produits bovins venus d’Angleterre serait “ la source majeure d’exposition “ à la maladie. On dénombre plus de 40 personnes décédées en Grande Bretagne. Au 5 JANVIER 2000 LE MONDE parle des inquiétantes leçons venues de Suisse: le programme de dépistage de l’encéphalopathie spongiforme bovine lancé par la Confédération helvétique révèle que le prion pathologique est beaucoup plus répandu dans les cheptels bovins qu’on pouvait le penser et que des animaux infectés peuvent entrer dans la chaîne alimentaire.
LE 2 FÉVRIER 2000 L’AGENCE REUTERS note qu’il n’y aura pas de test de dépistage de la vache folle avant avril en raison de difficultés pour le définir. Or depuis le début de cette année, la France a recensé quatre cas de la maladie de la vache folle (82 depuis la 1ère apparition en 1991 la région la plus touchée étant la Bretagne).
1 / Nouveaux cas de “vache folle “
Le lundi 3 avril 2000,un nouveau cas de maladie de la "vache folle", le treizième depuis le début de l'année, a été décelé en France, dans le département du Nord, selon le ministère de l'Agriculture. De nouveaux cas d'ESB (encéphalopathie spongiforme bovine) sont à prévoir jusqu'à la fin 2001 environ. Trois nouveaux cas de vache folle ont été découverts en Suisse le mois dernier. Onze cas clinique d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) ont été enregistrés en Suisse depuis le début cette année. Le lundi 10 avril 2000, un nouveau cas de maladie de la "vache folle", le quatorzième depuis le début de l'année, a été décelé en France, dans le département d'Eure-et-Loir.
2 / Y A-T-IL UNE “ TROISIÈME “ VOIE dans la transmission de la maladie de la ''vache folle?
Contrairement aux prédictions des experts, le nombre de cas de vache folle enregistrés en France est passé de 6 en 1997 à 30 en 1999. Pour les trois premiers mois de l'année, il est déjà de 14 cas. L'épidémie touche un nombre croissant d'animaux nés après l'interdiction des farines animales, ce qui rend les experts perplexes. "Si ce nombre est environ cent fois inférieur à celui des cas recensés en Grande-Bretagne où, d'autre part, l'épidémie régresse moins rapidement que prévu, la situation française peut troubler l'opinion", a souligné Mr Jean Glavany. Parmi les hypothèses avancées par les scientifiques pour expliquer l'apparition de nouveaux cas d'ESB après l'interdiction de ces farines, la plus probable est celle d'une contamination alimentaire croisée accidentelle par des aliments non destinés aux bovins, selon le ministère. Toutefois, l'hypothèse d'une mise en oeuvre insuffisante des mesures d'interdiction de ces farines, y compris dans le cas de fraudes, n'est pas exclue et ''continue à faire l'objet d'une surveillance attentive et d'investigations lors des enquêtes rétrospectives menées chaque fois qu'un nouveau cas est observé''.
Et maintenant, le Samedi 15 Avril 2000, Mr Jean Glavany évoque une ''possible et encore mystérieuse troisième voie'' ) !? dans la transmission de la maladie de la ''vache folle''. Cela remet en cause l'objectif d'une éradication de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) en France à la fin de 2001. A cette échéance, prédit-il, ''soit (...) l'épidémie s'éteint progressivement, ce qui signifiera que l'existence de fraudes ou de contamination croisée avant 1996 (année de l'interdiction des farines animales, NDLR) expliquait tous les cas observés en France; soit le phénomène continue, et il faudra alors que les scientifiques parviennent à comprendre et que, pour notre part, nous en tirions les conséquences.''.
La commission de Bruxelles avait promis de protéger nos santés en nous assurant de la qualité de nos assiettes et des aliments présentés. La Vache Folle est un accident malheureux ! Le moyen existait :c’était l’étiquette. Il suffirait de coller l’étiquette et le boeuf britannique serait identifié. Pour les étiquettes, il n’est plus question d’étiqueter. Bruxelles n’a ni protégé le consommateur, ni décidé du droit applicable à nos agriculteurs. Les bovins sont inconnus dans les grandes surfaces ; l’entrecôte, par exemple, n’indique pas sur l’emballage si le bovin vient d’outre-Manche. Bruxelles n’impose que la mention du pays d’abattage par exemple “Viande de bovin abattu en Irlande“ ce qui ne garantit pas que le bovin ne soit pas anglais. On ne pourra pas avant plusieurs années indiquer l’origine selon Bruxelles ! ? En janvier 2000 la convention de Montréal a confirmé un principe de précaution, en précisant que les États Membres pourront s’opposer à l’importation des OGM s’ils les jugent dangereux pour la santé humaine.
Malheureusement, pour l’étiquetage obligatoire, l’absence de traçabilité pendant deux ans réduit à néant les efforts de Montréal et surtout le principe de précaution. Certes, le programme français de dépistage de l'ESB selon le Ministre commencera au mois de mai ; il sera ''beaucoup plus ambitieux que celui que la Commission européenne imposera à compter de l'an prochain.''. 40.000 tests sont prévus d'ici à la fin de l'année ; ils visent à ''chercher l'agent pathogène là où il est a priori le plus présent, chez les animaux retrouvés morts ou abattus en urgence. Sera ce suffisant pour nous protéger définitivement contre la “Vache Folle“ et ses funèbres conséquences dont les sources demeurent encore dans un véritable “trou noir “ ?!
Droits Réservés 3ème trimestre 2000 – Juillet 2000
Guy Bertaux




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